Carnet de route

Alpinisme dans le massif du Mt Blanc

Le 30/08/2006 par

 Comme dans ce carnet de route encore tout neuf ,il faut bien le dire ,alors que la saison d'alpinisme commence et que vous serez je l'espère nombreux à vous rendre à   Pralognan cet été pour chausser les crampons , manquent quelques récits de courses pour exacerber vos désirs de haute montagne ,et sans avoir cette prétention , je vais essayer de combler en partie ce grand vide ,je dis « grand »! parce que l'alpinisme est et doit rester  l'activité phare d'un CAF , celle qui  a fait historiquement  ne l'oublions pas  , la raison d'être du CAF ,je vais  décrire une bonne petite expérience vécue l'an dernier dans le massif du Mt Blanc .

 

On dit qu'  « il faut avoir fait l'Aiguille Verte pour devenir alpiniste… » C'est donc fort de cette idée là en tête que nous montons au refuge du Couvercle accompagné de Daniel et de l'expérimenté  Stéphane  mais aussi par un généreux soleil .C'est ma première sortie de la saison et les  4 heures de montée pour atteindre le refuge ont  sérieusement entamé mes ressources physiques…Nous avons prévu de faire les Courtes pour commencer le séjour dans la fabuleuse ambiance de  ce coin de montagne . Pour ça il faut tout de même se lever à 2 heures du matin! Donc on fait une toute petite nuit ,et l'état du ciel nous fait craindre le pire quant à la météo qui s'annonce pour cette journée…Au lever du jour,alors que nous avons monté environ 600m de dénivelée par des pentes de neige franchement raides qui mènent au col de la Tour des Courtes (hou lala !!!qu'elles ont pu faire mal aux cuisses ces pentes !) nos craintes se vérifient  la couverture nuageuse ne cesse de s'abaisser ,les rafales de vent de plus en plus forte laissent penser que sur l'arrête sommitale ça doit sévèrement souffler!…mais nous insistons encore un peu avant de se rendre à l'évidence: Il faut faire demi tour.

Pendant ce temps , deux montagnes plus loin ,un guide connu de la région (Anselme Baud)avec une cliente étaient montés et redescendus tranquillement du sommet de l'Aiguille Verte!Quand la différence de niveau est telle même l'interprétation de la météo devient différente !!! Arrivé au refuge vers 9 heures , ils étaient déjà en route le Mont envers . (vous savez le petit train à crémaillère…) Le guide avait laisser pour toute trace un petit mot dans le livre du refuge….  « Aiguille Verte par le couloir Whymper .Bonnes conditions,ciel bouché . »

Ces quelques mots nous rassurent (un peu ) sur les conditions du « Whymper » que nous envisageons de faire demain .Mais qu'entend il par « bonnes conditions »???….Alors on y va ou on redescend ? Et demain quel temps fera-t-il ? Et si on se levait à 23 heures au cas ou….? Ouais c'est une bonne idée mais on a pas beaucoup dormi cette nuit…bref ,plus nous discutons plus nous nous emplissons d'interrogations , de doutes , et ça c'est pas bon  quand on fait de la montagne ; il faut donc trancher . Daniel décidera sagement de renoncer ,Stéphane et moi décidons de s'y engager .

23 heures . J'ai pas dormi .je me force à avaler un bout de pain  , un  café , Dieu que c'est dur de faire ça à cette heure . Le ciel est dégagé mais pour combien de temps ?

Minuit . On s'encorde à proximité du refuge et c'est parti pour 3 heures de marche d'approche sur le glacier de Talêfre . On arrive enfin à la rimaye. Le ciel s'est  couvert. La rimaye n'offre pas d'obstacle et nous voilà dans le couloir . Il est en glace , une glace tendre , piolets et crampons accrochent parfaitement , Stéphane passe en tête , il connaît la voie et la glace est son terrain favori .Même en glace , dans ce type de course il ne faut pas tirer de longueurs  mais avancer ensemble à corde tendue est un gage de rapidité car il faut absolument tenir l'horaire , gage de sécurité . Pour cela il est préférable de maîtriser la progression en pointes avant ainsi que la technique du piolet traction . Et pourtant , on perdra quand même du temps . Dans le haut du premier tiers du couloir qui est encore en glace  il y a bien évidement pas de trace , mais  aussi le brouillard qui tombe ,on fait une longue traversée vers la gauche qui nous conduira nulle part ,on met la marche arrière ,et voilà comment on perd 1 h .De retour dans la voie , la glace laisse peu à peu place à la neige , une bonne neige , celle ou on frappe qu'une fois avec les crampons pour faire une solide marche .Par contre coté météo rien ne va plus , il commence à neiger ! Malgré tout nous arrivons à sortir le couloir .Pour moi ,c'est au prix d'un effort physique violent  que j'en termine. Forcément , à 4000m, le manque d'acclimatation ,le manque de sommeil ,le manque d'entraînement ,la surévaluation de mes forces ne pardonnent pas . Et c'est non sans un certain contentement qu'on doit renoncer au sommet . On fera , contrairement à la montée la descente en un temps record . 2h pour rejoindre la rimaye . Dans le haut , avec nos rassurants piolets , il suffisait de descendre en pointes avant , et là je peux vous dire que ça allait très vite . Ensuite dans les couloirs secondaires qui étaient en glace , une bonne dizaine de rappels de 50m . Pas de problème pour trouver les anneaux .Lors des descentes en rappel ,il fallait traverser de profondes rigoles d'écoulement transformées en véritable torrents de neige fraîchement tombée .C'était très impressionnant à voir !

De retour au refuge vers 15h , on décidera d'y passer la nuit afin de récupérer et redescendre dans la vallée le lendemain mais toujours avec le mauvais temps !….et en méditant pour savoir si j'étais enfin devenu un alpiniste…

 

 

                                                                       Laurent  







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