Carnet de route

Arnaud raconte "Le Cho Oyu", vibrez avec lui !

Le 30/08/2006 par

Le Cho Oyu avec ses 8201m est la sixième plus haute montagne du monde. Située sur la frontière Népalo-Tibétaine, à 30 km au Nord-Ouest de L'Everest dans le massif du Mahalangur, en Himalaya, c'est une montagne immense lorsqu'on la voit surgir du plateau tibétain, 4000 mètres au-dessus.

Considérée comme relativement facile et sûre, la voie tibétaine de la face Nord-Ouest fût réussie par des Autrichiens en 1954.

 

C'était l'objet de l'expédition légère (sans oxygène ni sherpas) à laquelle j'ai participé du 14 Avril au 28 Mai 2006.

 

Nous étions 6 grimpeurs, répartis en deux cordées.

Après avoir atterri à Katmandou nous avons choisi une approche éloignée par la ville de Lhassa au Tibet, afin d'habituer nos organismes à une altitude comprise entre 3600 et 4000m.

Au bout d'une semaine, nous sommes arrivés à Tingri, 4200m, dernier village avant d'accéder à la montagne. De là nous avons du attendre plusieurs jours que notre matériel arrive par hélicoptère puis par camion du Népal, où une rébellion contre le roi empêchait notre cuisinier de passer la frontière…

Après avoir ensuite rejoint le camp de base chinois en jeep à 4700m, nous avons marché deux jours pour atteindre le 29 Avril le camp de base, à 5750m, le plus haut camp de base du monde. Cette marche fut très pénible car nous n'avions pas assez d'argent pour payer les yacks et avons du porter de lourdes charges. De là l'ascension pouvait véritablement commencer.

 

Nausées et maux de tête ont commencé à s'installer et c'est tel un zombi que j'ai atteint le camp I à 6400m, pour un premier portage (tente, nourriture, etc.).

Malade, je suis redescendu dès l'aube au camp de base après une nuit épouvantable, et le mal des montagnes ne m'a pas quitté pendant plusieurs jours, m'empêchant même de manger et boire.

Le 5 Mai, nous sommes finalement tous au camp I, après avoir affronté une deuxième fois la Killer Slope, l'éprouvante pente d'éboulis instable de quatre à cinq cent mètres de dénivelé.

 

Le lendemain, nous partons vers le camp II, situé à 7100m. Cette étape est la plus longue : il faut d'abord suivre une succession de bosses avant d'arriver au pied d'un grand sérac à 6800m, qui représente la 2ème difficulté de l'ascension. C'est un mur de glace d'une trentaine de mètres de hauteur. Ensuite, il faut traverser un plateau, et remonter une pente qui serpente au milieu de quelques crevasses et petits séracs, avant d'atteindre la pente finale qui mène au camp. Mais l'heure tardive et le mauvais temps nous oblige à improviser un bivouac légèrement en retrait du grand sérac.

Le lendemain, c'est à trois que nous atteindrons le camp II, exténués, et où nous y passerons un jour et deux nuits. Seulement, à cette altitude, on ne se repose pas…nous mettrons ainsi 2 heures et demie à monter une tente à trois ! Et c'est bien fatigué que nous redescendrons le surlendemain au camp I où un de nos équipiers a du abandonner.

 

De là, nous prenons l'option de rester à 6400 m et de ne pas redescendre se reposer au camp de base, pour s'épargner la difficile remontée de la killer slope. Choix audacieux car à l'opposé de ce qui se fait habituellement. Et choix non partagé par tous : l'autre cordée décidera de redescendre.

 

Le mauvais temps s'installe ensuite pour plusieurs jours, et la neige, le vent et le brouillard sont notre lot quotidien.

Enfin le 14 Mai c'est l'accalmie et le dernier grimpeur valide de la deuxième cordée nous rejoint pour l'assaut final, décidé pour le lendemain.

Cet assaut se fera en trois temps : montée et nuit au camp II où nous espérons que notre matériel (deux tentes) a tenu sous la tempête, puis montée au camp III et installation du camp, avant le départ le lendemain à l'aube pour le sommet, soit trois jours d'ascension non stop.

Les jours perdus ne nous laissent malheureusement la possibilité de n'effectuer qu'une unique tentative et il faut que ce soit la bonne.

 

Le 15 Mai au soir le camp II est atteint, et notre matériel est presque intact.

Mais il fait froid et trois de mes orteils gèlent pendant la nuit. Je décide néanmoins de continuer.

Le lendemain la montée au camp III est pénible, même si en distance, les deux camps sont proches et que trois, quatre heures suffisent à l'atteindre.

Nous sommes à 7600m, et des nausées importantes réapparaissent.

 

Le départ est prévu à 5h au petit matin. Nous ne partons finalement qu'à 6h, sous un froid non pas glacial, mais conséquent.

Au bout d'une bonne heure nous atteignons les bandes jaunes, troisième difficulté de l'ascension, qui sont un mur transversal de rochers d'une quinzaine de mètres.

Néanmoins, un passage enneigé sur la gauche permet d'éviter une escalade directe et nous pouvons facilement nous retrouver au-dessus de cette barre rocheuse.

La suite est une lente montée dans une pente mixte, avant d'arriver sur un petit plateau enneigé et repiquer à gauche pour entreprendre l'ascension d'une pente plus raide, surtout sur les cent derniers mètres.

L'effort est très dur, et nous avançons au prix de terribles efforts, en posant successivement un pied devant l'autre... Nous sommes très fatigués, épuisés, et le sommet nous paraît alors bien loin.

Nous atteignons néanmoins le plateau sommital mais il est déjà 15h quand nous croisons Claude, parti bien en forme et en tête dès le matin, qui vient de faire le sommet. Le temps devient menaçant et nous décidons de tout laisser sur place pour tenter de gravir les 200 derniers mètres sur une pente légère.

Le sommet sera atteint pour nous trois à 16h.

La satisfaction est immense, le succès de l'expé total, et nous savourons intensément cette victoire.

Mais il faut déjà redescendre pour arriver avant la nuit au camp III.

Désinstallation des camps III et II le lendemain, désinstallation du camp I le surlendemain et retour au camp de base, avant de rejoindre Katmandou quelques jours plus tard, où nous découvrons avec bonheur tous les messages qui nous ont été envoyés.

 

 Auteur : Arnaud Pasquer

 

Il est difficile de tout résumer tant nous avons vécu des moments forts pendant cette expédition mais je vous présenterai avec plaisir plus longuement celle-ci lors de l'assemblée générale.

J'ai aussi rédigé un récit complet en 170 pages (format numérique) pour financer en partie l'expé. Si vous êtes intéressé : arnaudpasquer@yahoo.fr

 

Pour revivre l'expé :  sur leur site http://choyef.free.fr







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