Carnet de route

Sortie alpinisme dans le Massif du Mont Blanc

Sortie :  Weekend alpinisme du 05/09/2015

Le 05/09/2015 par Gaëlle Bret

La dernière de l'année ?

 

Septembre... les jours raccourcissent, les nuits sont fraiches et on doit se rendre à l'évidence: l'été touche à sa fin. Il ne reste plus que de rares occasions de profiter encore une fois de nos montagnes. Si certains chanceux ont passé une bonne partie de l'été à tutoyer les sommets ou simplement arpenter de beaux sentiers, pour d'autres le travail a pris le dessus et les en a tenus éloignés depuis de trop longues semaines.

C'est donc le cœur joyeux que nous sommes partis ce vendredi après midi direction la Vanoise pour deux journées d'alpinisme. Au programme: une course d'arête le samedi à choisir en fonction de la météo, et le dimanche... une autre arête !  De sept participants initialement prévus, nous ne sommes finalement que quatre, dommage pour les absents.

Première étape le vendredi soir à St Remy de Maurienne, le plus gros de la route est fait, nous pourrons mieux profiter de la journée du samedi ; la météo n'est pas engageante mais on y croit, et de toute façon dimanche ce sera grand beau ! (et très froid)

Samedi matin, réveil tardif (6h30), passage à Aussois pour louer des chaussures et c'est parti direction le refuge du fond d'Aussois. Contre toute attente le ciel est clément: au lieu de la neige annoncée, c'est le soleil qui fait son apparition entre les nuages. Arrivés au refuge on se déleste de nos piolets et crampons, et bien allégés nous repartons sur un bon sentier puis droit dans la pente en direction de la brèche de la Croix de Rue. De là, l'objectif est simple : suivre l'arête rocheuse vers le nord jusqu'à la cime des Planettes. C'est l'arête « du vieux guide » et elle est aussi jolie que son nom ; les pentes sont douces sur notre droite alors qu'à gauche nous dominons directement la vallée près de 600 mètres plus bas. Deux heures plus tard, un dernier petit pas d'escalade sur un gros bloc et nous voilà au sommet ! Petite pause puis on repart pour la descente, facile, dans les rochers pour profiter d'un repos bien mérité au refuge.

Après cette bonne mise en jambes bien agréable et pas trop longue, il est temps de penser au lendemain. Le programme est tout autre: la pointe de Labby (3521 m) par l'Arête du Soleil, 1200 m de montée, puis 4 heures annoncées de traversée d'arête, et une descente qui s'annonce déjà longue...

Le réveil est donc fixé à 3 heures du matin ; le ciel est limpide, l'air est frais et deviendra vraiment froid au lever du jour, et sur le sentier Rémy trépigne tant il aimerait marcher encore plus vite ! Oui mais les choses se corsent: nous voilà maintenant dans ce qui reste du glacier de Labby : un gros éboulis de rochers où de nuit on a bien du mal à distinguer les cairns et notre chemin. Nous voyons au loin les lampes d'un groupe devant nous, on pense les rejoindre au col mais tout le monde a fait la même erreur de route ! Retour en arrière de quelques centaines de mètres et nous voilà enfin en vue de la pointe Labby. L'arête se dessine sous nos yeux, il ne reste plus qu'une traversée sur le glacier et une petite pente de neige à remonter pour la rejoindre. Certains se battent avec des crampons récalcitrants mais nous tentons un raccourci pour dépasser ce groupe de huit qu'on aimerait laisser derrière nous... raté ! Heureusement ils nous laissent ensuite les doubler, surement attendris par nos 6h30 de route à faire au retour, merci à eux !

Et nous voilà enfin sur cette fameuse arête qui aujourd'hui porte bien son nom. L'escalade n'a rien de difficile sur le papier, mais après 5 heures d'approche, à 3500 mètres d'altitude, avec le sac, les grosses chaussures et les gants c'est une autre histoire... On alterne entre le versant est ensoleillé et le versant ouest très froid et même givré par endroits, les mains ont du mal à se réchauffer; les longueurs s'enchainent avec 3 petits rappels qui viennent s'intercaler. Le temps passe à toute vitesse et le sommet ne semble pas se rapprocher... Enfin nous y voilà pour la première vraie pause de la journée !

La descente est comme nous l'attendions : facile au début, usante dans les éboulis même si avec la lumière du jour l'itinéraire est plus simple à suivre, et interminable une fois qu'on retrouve enfin un vrai sentier.  Après près de 15 heures de marche et a peine le temps de prendre des photos, nous rejoignons la voiture à 18h et la journée n'est pas finie...  Epuisés, mal aux jambes, aux pieds, ça parle beaucoup moins qu'à l'aller sur la route; retour à Orléans, les piolets, crampons et broches à glace vont maintenant être au repos pour quelques mois avant de nouvelles aventures en 2016... En tout cas un grand merci à Rémy pour son enthousiasme et l'organisation de cette belle sortie !

Certains se demandent où se trouve le plaisir dans les levers en pleine nuit et les marches d'approche interminables, et voient l'alpinisme comme une prise de risque bien inutile quand on peut se contenter de randonner sur de bons sentiers. C'est qu'ils n'ont peut-être jamais gouté le plaisir de marcher par une nuit froide et claire, le silence troublé seulement par le crissement des crampons sur la neige, de voir le premier rayon de soleil apparaître derrière un col ou un sommet et changer d'un seul trait de lumière un environnement froid et hostile en un superbe panorama aux reflets dorés... La fatigue de la journée est alors bien vite oubliée et souvent accessoire devant ces moments...







CLUB ALPIN FRANCAIS ORLEANS
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