Carnet de route

On ira tous au Paradis

Sortie :  Weekend alpinisme (COMPLET) du 13/06/2015

Le 13/06/2015 par Martine Montagne

ON IRA TOUS AU PARADIS

disait Michel Polnareff.

Sauf que nous, nous y sommes allés et nous avons même touché la vierge.

 

Et cette belle aventure nous la devons à Bertrand (Didier), Damien (Naudet) nos premiers de cordée et Philippe Deslandes notre guide.

 

Pourtant, lors de la réunion de préparation nous nous sommes demandés si nous n’avions pas plutôt mis un pied dans le purgatoire.

 

« Départ samedi 2 h 30 du matin derrière le théâtre ! » annonce Bertrand.  « Quoi ? Tu déconnes ? » Non, non il plaisantait pas du tout.

 

Autant dire que samedi matin, nous avions tous les yeux… un peu rouges et gonflés. Certains avaient eu la chance de dormir un peu, d’autres pas. Tant pis on dormira quand on sera morts. Ni une, ni deux nous voilà tous en voiture, direction l’Italie. Et après une nuit de route, un arrêt pour récupérer Damien, louer des chaussures, un peu d’attente au tunnel nous voilà dans le sublime val d’Aoste.

 

Il fait beau et l’ambiance, comme le ciel, est au beau fixe. Nous faisons la connaissance de Philippe et le temps d’avaler un sandwich, de se mettre en tenue, de vérifier que tout le matériel est bien dans les sacs, nous voilà partis pour le refuge Victor Emmanuel II.

2 heures de montée plus tard, sous les sifflets d’encouragement des marmottes, l’immense bâtisse en tôle se détache du ciel. Le refuge planté au milieu d’un décor minéral scintille sous le soleil. Un bâtiment un peu étrange, comme un gros bidon en métal à moitié enterré. On ne peut pas dire que ce soit moche, on ne peut pas dire le contraire non plus.

 

Après s’être rapidement installés, Philippe et Damien entraînent tout le monde dehors pour une séance de préparation. Programme : réglage et essayage des crampons.  Pas facile de dompter ces choses aux mâchoires acérées. « Ah il y a un pied droit, un pied gauche ? Philippe comment je fais pour qu’ils soient à ma taille ? Damien c’est normal que je n’arrive pas à les fermer ? A quoi ça sert la molette orange derrière ? »

 

Avec une patience immense, Damien répond aux questions de chacun, Philippe conseille, explique avec malice et s’amuse de notre maladresse. Au bout de très longues minutes voir une bonne demi heure, nous voilà prêts. En sueur, épuisés, mais victorieux. Seulement demain pour l’ascension du Grand Paradis il va falloir être plus rapides ou bien se lever beaucoup plus tôt que prévu.

 

La pluie fine se transforme en grêle et nous voilà contraints de quitter notre névé pour nous mettre à l’abri au refuge. Le temps a changé et ça n’annonce rien de bon pour demain.

Il est donc décidé d’inverser les ascensions et de faire d’abord le sommet de la Tresenta (3609 m) et le Grand Paradis (4061 m) lundi.  Demain grasse mat, on pourra donc se lever à 6 h ! C’est la fête !  Après une copieuse soirée pasta toute italienne, les langues se délient, on apprend à se connaître, des affinités se créent…  le groupe est composé de gens très différents en âge ou en parcours mais tout le monde partage la même envie : celle de réaliser l’ascension d’un sommet de plus de 3 000 m.

Et c’est demain que ça commence. Alors hop au lit !

 

5 h le réveil sonne ! Dehors les éléments semblent déchaînés. Bien au chaud dans nos lits, on entend le vent hurler, la pluie s’abattre – ah tiens non c’est plutôt de la grêle-

par rafales sur le bâtiment en tôle. On dirait un petit bateau pris dans une tempête.  Notre expédition tant attendue semble bien compromise. Les plus courageux descendent déjeuner, les plus fatigués rempilent pour quelques heures de sommeil supplémentaires. C’est toujours ça de pris.

 

7 H aucune amélioration. 8 H rien de mieux. 9 H le bâtiment commence à prendre l’eau. 10 H on décide de passer à l’action. Quitte a rester enfermés autant employer ce temps utilement. La matinée est riche d’enseignements. Lecture de carte, calcul d’azimuts, recherche de position… Puis on apprend à s’encorder, on révise les différents nœuds (huit, pêcheur, chaise, cabestan…)  nous découvrons l’importance d’avoir une corde tendue, de marcher en rythme, le rôle du 1er et dernier de cordée,– ceux qui ont déjà faits de nombreuses sorties alpi doivent sourire en lisant ces lignes – mais pour nous tout cela constitue une parfaite découverte.

 

Et, oh miracle, vers 15 h une accalmie se profile. Vite, vite on fonce dehors pour mettre en pratique les enseignements du matin. L’heure est trop tardive pour tenter une sortie sur le glacier mais on se contentera d’un névé pour chausser les crampons (et  entre nous, on est beaucoup plus rapides que la veille). Nous formons 3 cordées et apprenons à marcher ensemble, à sauter une crevasse imaginaire. Et tiens, puisqu’on en parle, si l’un de nous tombe dans une crevasse ? Philippe, Bertrand et Damien sortent  sangle, cordes, poulies et simulent l’extraction de Jacques qui s’est porté volontaire. Et si tu n’as pas de rocher pour poser ta sangle ? Et si tu es seul pour sortir quelqu’un comment tu fais ? Et si, et si, et si… Tout en plaisantant Philippe explique, montre, invite chacun d’entre nous à trouver les bonnes réponses, fais des simulations… Car oui l’alpinisme c’est aussi cela. Trouver des solutions efficaces quand la situation l’oblige, être rapide, connaître les bons gestes pour évoluer en parfaite sécurité.

 

Alors forcément après cette répétition générale tout le monde piaffe d’impatience. La question étant « quel temps pour demain ». Si on m’avait dit une semaine avant que cette phrase deviendrait ma principale préoccupation du week-end, j’aurai doucement rigolé. Et 2ème miracle de la journée, la journée de lundi s’annonce pas mal du tout… mais jusqu’à 14 h seulement. Du coup dilemme cornélien et réunion au sommet à 2 735 m d’altitude ! Soit on décide de faire l’ascension de La Tresenta soit on décide de tenter l’ascension du Grand Paradis sans garantie de l’atteindre, car à 10 h il faudra impérativement amorcer la descente au refuge. « Vaut peut-être mieux faire un sommet même si ce n’est pas un 4 000 ». « Oui mais c’est dommage de ne pas le tenter ». « Sauf qu’on sera encore plus frustrés si on doit descendre avant ». Bref, cette fois la tempête est sous les crânes. Le vote se fait autour d’un plat de pâtes (un de plus) et la majorité vote pour… le Grand Paradis ! Départ fixé à 4 h 30 au plus tard. Donc pas question de traîner demain matin. Plus on part tôt et plus on optimise nos chances d’atteindre le sommet.  Alors hop tout le monde au lit. Demain promet d’être intense.

 

3 h 30 en silence, tout le monde s’agite, s’habille, finalise son sac. On dirait un film muet en accéléré. Petit (enfin gros) déjeuner à l’arrache. Chaussures, baudrier, casques, lampe frontal, bâtons, crampons au fond du sac, on vérifie une dernière fois et 4 h 15 tout le monde est dehors. L’ascension commence. A la file indienne, dans le noir total, 12 points lumineux entament une procession, contournent le refuge et amorcent leur ascension.

 

Philippe donne le rythme, tout en douceur pour que personne ne décroche, mais avec suffisamment d’énergie pour que chacun comprenne que ce n’est pas une ballade de santé.

Arrivés au pied du glacier on chausse les crampons, on forme les 3 cordées et on repart. C’était plus simple hier sur le névé. Là, tantôt la corde se tend, tantôt elle serpente sur la neige et puis petit à petit on apprend à progresser avec elle. Pas à pas on avance dans les traces de notre 1er de cordée, dans le silence. Petit à petit le jour se lève laissant bientôt apparaître un panorama à couper le souffle. Le soleil révèle des monts et merveilles sublimes. Nous sommes au cœur d’un paradis blanc infini. Entre démesure et féérie. Au cœur du grandiose. Le cœur bat plus fort, les jambes deviennent lourdes. Nous continuons de progresser, sous les encouragements et les conseils de Philippe. Tout est une question de rythme. Puis le vent vient à notre rencontre comme attiré par notre présence. Son souffle cingle le visage, fait perler les larmes et nous rappelle que nous sommes sur le chemin des hauts sommets. On fait une pause pour rajouter une épaisseur. Le temps d’avaler un peu de sucre et la procession reprend. Bientôt nous sommes entourés de géants de pierre et de glace. On les contourne non sans admirer leurs lignes abruptes inondées de lumière. D’où nous sommes le spectacle est inouï. Aussi loin que porte le regard nous contemplons des reliefs vertigineux, des pics, des sommets immenses qui semblent défier le ciel. La nature semble tout simplement exubérante. Taillée pour les légendes.

C’est difficile de retranscrire le panorama qui s’offre à nous. Mais devant cette vision, je commence à comprendre pourquoi certains montent et remontent à l’assaut des sommets malgré les efforts, les dangers, la fatigue, les effets de l’altitude, impitoyable pour l’organisme. On parle de quête de l’exploit, mais il n’y peut-être pas que ça…

 

Nous ne sommes plus très loin. Encore un effort. L’épuisement gagne l’un de nous. Mais les encouragements des autres, le pousse à aller encore un peu plus loin. Il serait dommage de flancher à 100 mètres du buffet. D’autant que là-haut c’est un régal pour les yeux.

Après avoir longé la paroi, escaladé les rochers –non sans quelques hésitations et frayeurs, enfin pour ma part -nous voilà enfin au pied de la vierge. Mais ce n’est pas elle qui attire tous les regards. C’est la beauté et la fierté insolente des sommets qui nous entourent. Nous sommes entre ciel et terre, la tête dans les nuages. C’est incroyable.

 

Mais les autres cordées arrivent, il nous faut laisser la place. Juste le temps de reprendre des forces et nous amorçons la descente.

La neige est plus molle et la pente nous emporte. On s’enfonce, on glisse, on trébuche. C’est difficile de descendre, tout en restant concentré sur nos pieds quand tout ce qui nous entoure invite à la rêverie. « Marchez comme Charlot, gardez la corde tendue, ne marchez pas dessus! » S’époumone Philippe. C’est vrai qu’avec la fatigue les gestes sont moins précis et la vigilance moins importante. Mais il veille au grain, recadre, conseille, dirige avec le sourire et une bienveillance moqueuse. Et après quelques heures de descente, l’inclinaison se fait plus douce, la roche plus présente. Nous sommes arrivés au pied du glacier. Un dernier regard sur ces cimes majestueuses que je ne suis pas prête d’oublier et nous entamons la descente vers le refuge.

 

Il est déjà 14 h et si nous ne voulons pas rentrer trop tard dans la nuit nous devons nous dépêcher.

On fait nos sacs, un dernier pot et la mort dans l’âme nous quittons les lieux. Il faut encore compter 2 heures de descente pour regagner les voitures. La pluie s’invite comme pour nous pousser à hâter le pas et les marmottes se moquent de nous.

 

La suite,  tous ceux qui ont fait des sorties la connaissent. On charge les voitures, on se change rapidos, on sait qu’il faut partir mais on aimerait rester ensemble pour parler de ce que l’on vient de vivre. On se dit au revoir après une standing ovation à :

- Bertrand, qui a organisé, géré, coordonné, encadré avec brio ces 3 journées inoubliables,

- Philippe qui nous a guidé, supporté, encouragé, rassuré et appris une foule de choses (qu’on va essayer de ne pas oublier)

- et à Damien, qui aurait pu se contenter de mettre les pieds sous la table, mais qui nous a aidé, épaulé, conseillé et montré les bons gestes à faire avec méthode et précision.

 

Messieurs, tout ce que l’on a vu et fait étaient exceptionnel et vous avez su le rendre incroyablement accessible aux novices que nous sommes. Merci à vous de nous avoir fait partager votre passion. Et pour ma part, cette course m’a donné envie d’en faire plein d’autres. Encore merci.







CLUB ALPIN FRANCAIS ORLEANS
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