Carnet de route

Les Blaireaux du Big Lebowski: terrain d'aventure à la Montagne Sainte Victoire

Le 30/05/2018 par Sophie

En feuilletant électroniquement le bulletin du CAFO fin 2017, je découvre un projet de sortie « initiation au terrain d’aventure », et, ressentant depuis longtemps (enfin, depuis mes premier pas verticaux à Couté, euh, l’année dernière) une envie de caler des bouts de métal dans des petites fissures, je me suis dit « eh, trop bien ! ». Je me jette donc sur mon clavier, m’inscrivant dès décembre, histoire de bien me laisser cinq mois pour angoisser à l’idée de ne pas savoir trianguler correctement mes relais, ou alors d’enfoncer trop loin les friends, m’attirant les foudres de mon compagnon de cordée. Finalement ce sont plutôt les friends eux-mêmes qui risqueront d’attirer la foudre qui s’abattra sur nous en ce weekend de Pentecôte, lorsque, à la troisième longueur, Rémy s’excusera de ne pas me faire passer en tête et disparaîtra sous la pluie et la grêle, me laissant l’assurer les pieds dans un fourmilier (je ne m’en rendrai compte que lorsque 55 mètres de corde seront déjà passés dans le descendeur).

Pour revenir au départ, nous sommes donc partis d’Orléans le vendredi aprem, tout joyeux et ensoleillé, quatre aventuriers débutants et deux aventuriers confirmés. Les deux autres connaisseurs de la falaise non équipée nous attendent sur place : Rémy, qui nous a frayé un chemin parmi les centaines de scouts qui ont passé le weekend à faire des trucs de scouts au camping de Puyloubier, et Yann, qui est descendu dans un gros camion de hippie, mais qui a dormi dans un lit comme un hippie qui a passé l’âge de dormir dans un camion. Rémy, lui, dormira bien dans son camion, mais c’est pas franchement un camion de hippie.

 

Le samedi, il fait beau, chacun a regardé un site de météo différent, la plupart annoncent de l’orage à partir de 17h. C’est bon ! On part avec seulement une demi-heure de retard sur notre programme, et on arrive rapidement au pied de la superbe montagne Sainte-Victoire, qui émerge des vignes telle... un gros massif résultant de la rupture d’un pli anticlinal de sédiments calcaires remontant au jurassique. Forcément.

La marche d’approche durera une heure, et sera plus olfactivement agréable à l’aller (thym, sauge, romarin), qu’au retour (t-shirts en sueur, pieds humides dans chaussons trempés). Mais c’est déjà en soi toute une expédition, avec les pierriers à traverser, les rochers chaînés à escalader en essayant de ne pas assommer les suivants à coups de cailloux, la recherche des balisages marrons (c’est pratique sur les troncs d’arbres), et la recherche du pied de la voie avec ses trois flèches blanches qui nous indiquent la direction (vers le haut!). Nos chemins se séparent, Nico+Graziella et Yann+Patrick se lanceront dans l’arête des Trois Pointes, alors que Peter+Amaury et Rémy+moi partirons dans l’arête du Pin. Pour nous, six ou sept longueurs sont prévues, finalement nous ferons la voie en trois, la phrase du jour étant (pour ma part) : « BOUT DE CORDE, REMY! ». J’imagine que celle de Rémy était « Y’A UN RELAIS POSSIBLE, MAIS JE CONTINUE! ». Je monte donc en second, retirant les rares (!) sangles et friends sur le chemin.

La veille, Rémy, nous avait expliqué l’esprit du terrain d’aventure, la liberté de pouvoir « inventer » sa voie, les différentes techniques de progression en fonction de la difficulté et de l’évaluation des risques, l’importance de tester les prises, qui ont parfois tendance à nous rester dans la main, le fait d’éviter de tenter des mouvements difficiles comme on peut faire en escalade sportive. C’est une grimpe différente de ce que j’avais connu jusqu’ici, et ce petit point nous aura bien éclairés, nous les quatre débutants.

A la deuxième longueur, Rémy fera l’effort de poser des points un peu plus rapprochés, afin que je comprenne le principe. On utilise beaucoup de sangles, on se sert des lunules, de troncs d’arbres, de quelques pitons restés sur place. Je me prépare psychologiquement à la dernière longueur (cotée 3 ou 4 seulement, mais je suis une mauviette et j’ai eu cinq mois pour développer mon angoisse, rappelez-vous) que je ferai en tête. Mais d’un coup, le ciel se couvre et on entend les premiers grondements, pas très au loin… et il n’est que midi ! Rémy décide qu’on ferait mieux de se bouger, je suis un peu déçue, mais plutôt très soulagée d’être restée au relais lorsque la grosse averse nous arrive dessus. Rémy finit en speed, je ne retire que trois points sur la dernière longueur ! Je le rejoins, ça glisse moins que j’aurais pu penser, en arrivant en haut on enlève toute notre ferraille et on se met plus ou moins à l’abri. Mais les autres sont toujours sur leurs arêtes… On a une vue extraordinaire sur la plaine, on voit des colonnes de nuages noirs, les éclairs qui les traversent… des randonneurs en tenue d’été traversent le plateau au sommet de la Sainte Victoire, ils semblent moins préoccupés que nous ! On voit les deux binômes sur l’arrête d’en face, seule Graziella se sera lancée en tête sur un bout de longueur… elle finira par bricoler un relais improvisé sur un béquet à l’arrivée de l’orage. La classe, quand-même… On voit Patrick galérer sur un pas, Rémy lui gueule des conseils, il arrive à passer. On n’a pas de nouvelles de Peter et Amaury, les talkies n’ont plus de batteries ! Enfin on les voit apparaître. Yann est arrivé en haut des Trois Pointes, il attend Nico et Graziella. Nous quatre de l’arête du Pin commençons la descente. Un peu plus bas, on s’arrête pour attendre les autres. Peter fume sa pipe, et on en profite pour pour faire un atelier « relais en TA » sur un gros rocher. Recherche du bon coinceur, défis lancés par Rémy pour réaliser le relais avec une, deux ou trois sangles… enfin j’apprends à faire une bonne triangulation, et surtout grâce au « nœud du Belge », élu « Nœud de l’Année 2018 » à l’unanimité.

 

J’ai hâte de mettre tout ça en pratique le lendemain, d’autant plus que les initiateurs nous ont prévu une belle et grosse course. Mais la météo ne suit pas, et nous nous rabattrons donc sur... les calanques. Dure, la vie de grimpeur !

 

Après un apéro-débrief et un resto-topos, nous nous couchons donc en mettant les réveils TÔT pour être à la Calanque de Sormiou avant la fermeture de la barrière à 8h. S’en suit une course poursuite réellement trépidante (à 50 km/h) dans les rues de Marseille, et une arrivée triomphale à 7h58 ! On y est ! Il fait beau, cette fois pas d’orage à l’horizon, et c’est MAGNIFIQUE. On suit Rémy qui nous assure que celle-ci est pourtant la moins belle des calanques, et qui nous fait une variante de la marche d’approche pour essayer de nous semer, mais on s’accroche ! Cette fois on suit un sentier balisé en noir (ah, les couleurs du sud), mais c’est vrai que ça ressort bien sur les pierres blanches ! La balade est extraordinaire, on passe un col, et on arrive au pied des voies, sur le secteur Lui d’Aï qui regorge de voies tentantes et pas trop dures. Quelques grimpeurs nous ont devancés, avec Nico on se retrouvera à suivre un petit groupe d’un CAF savoyard dans The Big Lebowski, pendant que Graziella assure Rémy qui saute encore des relais sur la Panthère Rose, Amaury et Yann ziguezaguent à la recherche d’une longueur en 6a. Peter et Patrick suivent un autre groupe sur l’Hallu Nulle. Le rocher est super beau, les prises agréables, le site est vraiment magique, tout va bien ! On doit se retourner souvent pour voir la falaise se dérober sous nos pieds pour plonger dans la méditerranée.

En haut, le soleil tape déjà, Yann et Amaury font un rappel pour redescendre et retenter leur voie, Peter et Patrick sont pris dans les embouteillages. Nous quatre partons à la recherche d’une voie ombragée. Rémy tente de nous motiver pour les Traces du Passé, mais c’est l’Antécime qui remportera le vote des petits joueurs (euh, nous trois). On mange les pieds dans l’eau, puis c’est parti pour trois heures incroyables sur le bec de Sormiou. Un traversée bien flippante et un peu patinée, des pas athlétiques, des passages plus fins en dalle, des jolis bacs à la dernière longueur… On ne voit pas le temps passer, et arrivés au sommet six longueurs plus tard, on se rend compte qu’on a raté le rdv apéro, alors que c’est nous qui avons les clés de la voiture (et donc de la glacière!). Les autres n’ont trouvé (littéralement) qu’une Leffe chaude pour patienter, en terrasse d’un café fermé. Ils auront eu le temps de se baigner, au moins…

Arrivés au camping à 23h, les pâtes s’avalent dans le silence ! Tout le monde est cassé. Mais quelle journée…

Et voilà, le weekend est déjà fini, juste le temps de passer visiter une cave pour une petite dégustation de rosé au pied de la Sainte Victoire, et de boire un dernier verre avant de reprendre la route. Rémy et Yann partent vers de nouvelles aventures dans le sud. Les Orléanais auront les digues pour se consoler...

 

En conclusion de ce weekend de folie, voici quelques choses que je retiendrai de ce séjour :

- C’est possible de conduire une voiture à boîtier automatique (nouvelle expérience pour moi), même dans Marseille, la nuit, dans un quartier en travaux, à la recherche d’une pompe à essence et avec un des « enfants » derrière qui râle parce que le GPS nous envoie n’importe où. S’il reste une bière dans la glacière pour les « enfants », c’est mieux.

- L’enchaînement « apéro + 1km à pied + resto » serait peut-être préférable à l’enchaînement « apéro + 500m de voiture + contrôle d’alcoolémie + STRESS + ahfinalementtoutvabien + 500m de voiture + resto ». Ça peut notamment éviter de mettre la main dans la sac à linge sale de Peter, à la recherche du permis de Nico, qui, étonnamment, n’était pas rangé parmi les chaussettes slovaques.

- Les norvégiens avaient raison pour la météo.

- Les scouts font tous pipi à la même heure.

- Rémy n’est finalement pas un connard :)

 

 

 

 

CLUB ALPIN FRANCAIS ORLEANS
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